ANALYSE : Que retenir des deux matchs amicaux de l’EN ?

Au sortir de deux matchs amicaux, le premier remporté 1-0 face au Nigéria, le second s’étant conclu sur le score de parité 2 à 2 face au Mexique, retour sur les performances des Verts. Cette tournée fait décidément beaucoup parler d’elle. Première sortie de l’Équipe Nationale depuis près de 11 mois, elle a d’abord étonné par son organisation, le nom des deux adversaires n’étant paru que très tardivement et la liste des convoqués annoncée la veille du rassemblement. Passé ce détail qui, s’il peut surprendre, n’a finalement pas eu de conséquence négative sur la préparation de nos Verts, place au jeu et aux acteurs.

Une liste guidée par les contraintes du moment

Le sélectionneur Djamel Belmadi a, globalement, opté pour la stabilité dans ses convocations. Privé de Youcef Atal et de Hicham Boudaoui, tous deux blessés, mais aussi de Djamel Benlamri et Youcef Belaïli, qui étaient alors sans club et à court de forme, il convoqua, notamment, Mohamed Fares (qui avait été longuement éloigné des terrains par une rupture des ligaments), Mohamed Redha Halaimia, Abdel Jalil Medioub, Maxime Spano Rahou, Mehdi Zerkane et donné de nouvelles chances à Haris Belkebla, Farid Boulaya, Saïd Benrahma et Zinedine Ferhat, tous très bons avec leurs clubs respectifs. L’entraîneur n’a pas manqué, dans une conférence de presse qui aura eu un certain retentissement, de relever qu’en dépit de ses tentatives de longue date, des joueurs comme Houssem Aouar ou Rayan Aït Nouri n’ont pas exprimé le désir de rejoindre les Verts. Pire, il souligne combien il est difficile pour l’Équipe Nationale de produire des éléments défensifs de très haut niveau, notre football étant généralement résolument “tourné vers l’attaque” selon lui.

Un bloc défensif qui compte des absences majeures

On notera ainsi que le poste de gardien de but commence à devenir une interrogation, à l’heure où Raïs M’Bolhi va sur ses 35 ans, tout comme Azzedine Doukha, tandis qu’Alexandre Oukidja fêtera ses 33 ans en juillet 2021. En défense, les absences du néo-lyonnais Benlamri et du niçois Atal se font ressentir. Avec Medioub et Spano-Rahou, le sélectionneur se laisse la possibilité des essais tandis qu’avec Tahrat et Mandi, c’est un axe classique qui doit lui permettre de rassurer son équipe. À droite, rapidement, Mehdi Zeffane et Zinedine Ferhat (qui a déjà joué latéral droit par le passé) sont écartés sur blessure. La sélection du premier pouvait déjà poser question, lui qui évolue en seconde division russe. Cette double absence a donc laissé un boulevard à Reda Halaimia pour tenter d’occuper le rôle de doublure d’un Youcef Atal qui aurait récupéré sa forme optimale. À gauche, enfin, rien à signaler avec un indéboulonnable Ramy Bensebaini qui voit le nouveau joueur de la Lazio de Rome Mohamed Farès derrière lui.

Une attaque relativement classique

En ce qui concerne les postes au milieu, Adlène Guedioura est bien présent tout comme Ismael Bennacer, Mehdi Abeid et Haris Belkebla. Sofiane Feghouli et le nouveau venu Mehdi Zerkane complètent, enfin, cette liste. On notera les absences de Victor Lekhal, en instance de transfert  tout l’été mais finalement demeuré du côté du Havre AC, de Nabil Bentaleb et, enfin, du blessé Hicham Boudaoui. En attaque, Baghdad Bounedjah est bien là, Yacine Brahimi et Riyad Mahrez aussi. Farid Boulaya et surtout Saïd Benrahma, en feu et en instance de transfert vers West Ham, sont présents pour pallier à l’absence de Belaïli aux côtés du désormais incontournable Andy Delort. Enfin, Zinedine Ferhat est bien là mais, blessé, il n’a pas pu participer aux joutes amicales de l’équipe. À noter, enfin, l’absence d’Adam Ounas qui a signé à Cagliari depuis.

Un match solide face au Nigéria

La première rencontre des Verts les a fait rencontrer le Nigéria, déjà vaincu lors de la dernière CAN. Cette rencontre est notamment destinée à remettre l’Équipe Nationale dans des conditions similaires à celles qu’elle rencontre en Afrique en affrontant une équipe de haut niveau. Le 11 des Verts était composé d’Oukidja, Halaimia, Mandi, Tahrat, Bensebaini, Abeid, Belkebla, Boulaya, Mahrez, Benrahma et Delort. C’est un 4-2-3-1 qui diffère quelque peu du 4-3-3 ou 4-1-4-1 parfois adopté par Djamel Belmadi. Pas aidés par la pelouse difficile du stade autrichien qui rappellera certains terrains d’Afrique, nos Verts ont pourtant su tenir la dragée haute aux joueurs de Gernot Rohr. Posant le pied sur le ballon, avec près de 60% de possession de balle, l’Équipe Nationale a ainsi su alterner les phases de jeu, notamment grâce à un Haris Belkebla auteur de très nombreuses transversales et résolument porté vers l’avant. Évoluant à un poste de numéro 6 qui fait l’objet d’une crise récurrente en Algérie, il a marqué de nombreux points pour l’avenir. Ce n’était pas totalement le cas de Reda Halaimia qui a beaucoup souffert face à Iwobi, joueur de niveau Premier League. L’occasion est pourtant donnée de prouver qu’il a un profil complémentaire à celui d’un Youcef Atal, très (voire trop) porté vers l’avant, ou d’un Zeffane qui joue dans un championnat mineur, tout comme Loucif qui ne joue qu’avec la réserve d’Angers. Si l’état de la pelouse, donc, n’a pas favorisé une construction progressive du jeu, on pourra noter qu’Alexandre Oukidja n’aura pas rassuré par son jeu au pied tandis que Saïd Benrahma a, pour autant, pas démérité et multiplié les appels, combinaisons et autres provocations de son vis-à-vis. Il a démontré qu’il pouvait être une vraie alternative en EN et c’est là une progression pour lui qui n’avait, jusque là, pas su reproduire en sélection ce qu’il produisait chaque week-end en Angleterre. Finalement vainqueurs ()1-0 sur une tête d’entrée de jeu (6ème minute) de Ramy Bensebaini, les Verts ont su faire preuve d’une certaine solidité qui sera utile sur les pelouses compliquées de certaines de nos futurs adverses, notamment le Zimbabwe qui n’a plus été vaincu sur ses terres depuis 2007. À ce sujet, on notera que Mehdi Tahrat aura été intéressant en l’absence de Benlamri, tout comme Ramy Bensebaini ou encore Mehdi Abeid. En conclusion, donc, un match dans lequel les longs ballons et les coups de pied arrêtés auront été les armes offensives des Verts tandis que le bloc défensif aura eu à s’employer, et à bien le faire.

L’euphorie de la rencontre face au Mexique

Que n’a-t-on pu lire comme critiques sur notre notation du match face au Mexique ! Si les Verts ont su accrocher une très bonne sélection mondiale 2 à 2 après avoir évolué une demi-heure à 10, la rédaction de DZfoot a choisi une notation assez sévère envers les joueurs de l’Équipe Nationale. C’est que cette rencontre face au Mexique n’était pas anodine. Plus encore qu’un simple match de prestige, elle a mis les Verts en condition “Coupe du Monde”, avec une pelouse impeccable et un onze type (en composant, évidemment, avec les absences citées plus haut) aligné par Djamel Belmadi. Notre désir de voir notre sélection continuer à progresser et viser une vraie grande performance en Coupe du Monde nous oblige, donc, à être particulièrement exigeants face à ce test et ces conditions idéales. Au sommaire du 11 titulaire, M’Bolhi dans les bois, une défense Halaimia, Mandi, Tahrat et Bensebaini reconduite, le milieu de terrain de la CAN Guedioura – Bennacer et Feghouli tandis que c’était aussi l’attaque type de la CAN avec un Brahimi qui remplaçait Belaïli tandis que Bounedjah et Mahrez complétaient l’attaque. Rapidement, la tactique du sélectionneur algérien se confronte à celle du très expérimenté Tata Martino. Le pressing mexicain éteint les relances algériennes, on ne trouve que difficilement nos offensifs et les mexicains, notamment Corona, se focalisent sur un Halaimia perçu comme étant le point faible de la défense algérienne. On souffre, on recule et, finalement, on encaisse un but mérité et prévisible avant la mi-temps. Le latéral, s’il a su réagir par instants, a globalement été l’auteur d’une rencontre moyenne, ce qui n’est pas si mauvais compte tenu de son inexpérience et du niveau de ses adversaires. En revanche, si l’on prend des critères résolument ambitieux, sa prestation ne peut satisfaire. Pour autant, et sur un contre-éclair qui fera notre succès face aux coéquipiers de Raul Jimenez, c’est Sofiane Feghouli, dans un rôle très haut ce soir (une consigne de Belmadi qui aura porté ses fruits par instants) qui remise à un Ismael Bennacer de très haut niveau pour qu’il inscrive son premier but en sélection. Le milieu milanais est une perle rare. Ses matchs en sélection sont tous de très haut niveau et l’on peut regretter qu’il ne soit pas mieux accompagné au milieu de terrain. Car la prestation d’Adlène Guedioura pose question. Lui qui avait su se montrer efficace lors de la CAN 2019 (à laquelle il avait participé, de l’aveu même de Belmadi, grâce aux différentes blessures à son poste) a été totalement dépassé hier soir. Son carton rouge est venu couronner une prestation indigente et qui remet inexorablement sur la table la question de son avenir en Équipe Nationale ou, tout du moins, de son statut de titulaire. La seconde période a ainsi permis de constater que nos Verts avaient du caractère et d’une générosité dans les efforts de tous les instants, y compris à 10 contre 11. Ces caractéristiques, qui sont indubitablement nées de la patte Belmadi, ne peut néanmoins pas compenser à elle seule certaines défaillances. Les Verts ont ainsi fait preuve d’un certain déchet, de relances dangereuses, de dribbles dans des zones dangereuses elles aussi, et d’une difficulté à trouver Baghdad Bounedjah, auteur d’un match quelconque mais surtout sevré de ballons. Tout n’est évidemment pas à jeter. On a ainsi beaucoup apprécié la faculté des Verts à exploiter leurs contres en seconde période en dépit d’une domination mexicaine affirmée. Yacine Brahimi, s’il a pu être très agaçant avec ses touches de balle inutiles et ses mauvais choix, a été malgré tout le joueur algérien le plus dangereux devant. Riyad Mahrez, discret, a su marquer et aurait même pu faire le doublé sur une jolie action où il élimine deux défenseurs mexicains. Fort de sa qualité technique, le numéro 7 des Verts a su se défaire par séquences au fil du match du marquage resserré des mexicains et nous offrir quelques gestes de classe pour rappeler son rôle majeur dans ce dispositif.  On notera, enfin, une prestation difficile de l’axe central Mandi – Tahrat qui a clairement souffert et qui est fautif sur les deux buts mexicains, pas aidés par un M’Bolhi discret et qui a pris de nombreux risques dans sa relance.

Quelles leçons tirer de ces deux rencontres ?

Les deux matchs amicaux de ce mois d’octobre 2020 auront atteint leur objectif, à savoir se retrouver, reprendre confiance, ne pas perdre  et tester quelques options différentes face à des adversaires aussi différents que de haut niveau. Cherchant des oppositions qui le pousserait à être « mis en difficulté », le sélectionneur des Verts a pu grâce à ces deux oppositions de.rang faire évoluer tactiquement certains principes de jeu. Face au Mexique, le principal changement se trouve dans le placement d’un Sofiane Feghouli plus offensif. Un rôle dans lequel il fut chargé d’attaquer les espaces laissés par une défense mexicaine ayant pour mission de limiter l’influence de Mahrez.  Si l’idée a permis au milieu de Galatasaray de s’illustrer par ses percées, ce changement tactique a cependant impacté le bloc défensif en créant un déséquilibre côté droit.  Exposant davantage Halaimia aux contres mexicains, et donnant à Guedioura une surface de terrain à couvrir plus large, ce déséquilibre crée amène aussi à comprendre le rendu d’un Halaimia en difficulté et d’un Adlène Guedioura qui plus exposé, a eu plus de difficultés à rester dans la lignée des performances réalisées lors de la CAN. En dehors de ce replacement du n°10 des Vers, Djamel Belmadi n’a pas pris de risques inconsidérés. Il n’a probablement lancé Halaimia que parce qu’il était le seul joueur disponible à son poste mais aussi parce qu’il croyait en son potentiel. L’absence d’Atal met aussi en exergue la question du choix de sa doublure, dans un réservoir de joueurs au poste limité en nombre. Dans ce contexte, la présence de l’ancien joueur du MC Oran dans le onze entrant de ces deux oppositions a permis au sélectionneur d’évaluer son aptitude à être installé dans le groupe A.  Le jeune latéral doit encore travailler même si tout n’a pas été mauvais pour lui étant rassurant dans certains duels, et ayant montré une volonté incessante de se projeter vers l’avant en attaquant les espaces laissées par l’adversaire. La solidité défensive algérienne a été particulièrement ébranlée au cours de ces rencontres. Benlamri a réellement manqué et l’on peut raisonnablement se demander si Mehdi Tahrat a bien le niveau requis pour une éventuelle Coupe du Monde. Aïssa Mandi, lui, n’a pas rendu ses meilleures copies même si le rendu de ses performances ne remet nullement son statut en cause. On notera un milieu de terrain qui a su se montrer intéressant, la question du remplacement d’Adlene Guedioura par Haris Belkebla pouvant raisonnablement se poser. Une question qui pourrait trouver ses premières réponses dans l’analyse de la performance des deux milieux récupérateurs alignés face aux Super Eagles. En attaque, enfin, les deux axiaux Delort et Bounedjah ont été sevrés de ballons, notamment en raison du profil « fausse patte” des ailliers Benrahma et Mahrez, mais aussi d’un Yacine Brahimi qui ne fait pas les bons choix au bon moment. L’activité du montpelliérain étant cependant à souligner, et devrait lui permettre gagner au fil des matchs un plus grand rôle dans le jeu de l’EN; Gageons, pour les futures échéances de l’EN, que le sélectionneur aura à coeur de récupérer ses incontournables Benlamri, Belaili (s’il retrouve un club) et Youcef Atal. De nombreuses questions, se posent donc en sortie de ces deux rencontres, notamment quant au niveau de certains joueurs, mais l’Algérie de Djamel Belmadi aura donc su prouver qu’elle était toujours en mesure de performer dans l’adversité et demeure, après 20 rencontres, toujours invaincue.

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